Publié en avril 2011

On s’arrache les architectes d’expérience (La Presse)

Après avoir connu une forte croissance l’an dernier, l’activité de la construction progressera encore en 2011. Une hausse de 2 % des heures travaillées est d’ailleurs attendue. Une bonne nouvelle pour les architectes, tributaires en grande partie de la demande dans cette industrie.

Les perspectives d’emploi sont favorables; les architectes sont très actifs et n’ont pas été durement touchés par la récession. «La vigueur dans notre secteur est indéniable. Les bureaux d’architectes s’arrachent les architectes d’expérience,» assure Sylvie Beaucage, de l’Association des architectes en pratique privée du Québec (AAPPQ).

Même son de cloche du côté de Ricardo L. Castro, directeur associé du programme de maîtrise de l’école d’architecture de l’Université McGill. «Comparativement à d’autres domaines, la médecine par exemple, l’architecture est influencée par la vigueur de l’économie et la demande en construction. Pour l’instant, les conditions jouent en notre faveur,» dit-il.

Malheureusement, percer le milieu de l’architecture n’est pas pour autant une chose facile. De manière générale, il y a beaucoup de stagiaires sur le marché. «Les nouveaux diplômés doivent donc être patients », précise Ricardo L. Castro.

Pour maximiser leurs chances de réussite, ce dernier estime que les futurs architectes doivent avoir beaucoup d’imagination, maîtriser le dessin et les outils numériques et connaitre à fond les matériaux.
Les débouchés dans la profession sont variés : la conservation et la préservation ou l’architecture verte sont autant d’avenues à explorer pour les finissants.

Des occupations variées
Les architectes du Québec travaillent pour des employeurs bien différents. On peut cependant les regrouper dans cinq grandes catégories :
À leur compte : près de 40 % des architectes sont leur propre patron
Dans une firme : 20 % sont employés d’un bureau d’architecte
Dans le secteur public et parapublic : 17 % sont à l’emploi de ministères, de municipalités ou dans la fonction publique
Dans le secteur privé : 6 % œuvrent dans la construction résidentielle, commerciale ou industrielle
Enseignants : 2,5 % se retrouvent dans le domaine de l’enseignement
Enfin, une part non négligeable (9 %) des membres de l’Ordre des architectes sont retraités.

L’architecture au Québec
L’Ordre des architectes regroupe présentement près de 3200 membres
- Seulement 28 % des architectes sont des femmes
- Le groupe d’âge le plus représenté (15 %) a entre 45 et 49 ans, alors que moins d’1 % sont âgés de 25 à 29 ans
- 51 % travaillent dans la région de Montréal
- 15 % œuvrent dans la région de la Capitale
- 34 % dans les autres régions
- 223 travaillent à l’extérieur du Québec

Deux formations, plusieurs emplois
Devenir architecte est un travail de longue haleine. Du premier jour d’université à son admission à l’Ordre des architectes du Québec – essentielle pour porter le titre – il s’écoule généralement huit ans. Ceux qui désirent atteindre le marché du travail plus rapidement peuvent toutefois également se tourner vers un diplôme technique.

Au niveau collégial :
Le DEC en technologie de l’architecture compte trois années d’études à temps plein. Ce programme ouvre la porte aux métiers de technologue en architecture ou de technicien en dessin. Ceux-ci préparent les plans, les dessins et les maquettes selon les directives d’un architecte, dans un bureau d’architectes, une firme d’ingénieurs ou une entreprise de construction.
Nombre de diplômés 685
Diplômés en emploi 57,2 %
À temps plein 95,4 %
En rapport avec la formation 91,2 %
Aux études 40,6 %
Taux de chômage 0,9 %
Salaire hebdomadaire moyen 694,75 $
Source : Fiche d’adéquation formation-emploi, MELS, 2009.

Au niveau universitaire :
Au Québec, trois écoles d’architecture offrent le programme qui mène à l’exercice de la profession : l’Université Laval, l’Université McGill et l’Université de Montréal.
Après le baccalauréat (trois ans), puis la maîtrise obligatoire (deux ans), les diplômés doivent faire un stage de 5 600 heures, soit l’équivalent de trois ans de travail à temps plein, sous la gouverne d’un architecte. Le stagiaire touche à tous les aspects de la profession, de la conception à la gestion des budgets, en passant par les relations avec les clients.
Ils doivent ensuite réussir un examen de deux jours, l’Examen des architectes du Canada (ExAC), pour devenir membre de l’Ordre et pouvoir exercer.
Nombre de diplômés 138
Diplômés en emploi 93,5 %
À temps plein 100,0 %
En rapport avec la formation 93,1 %
Aux études 2,2 %
Taux de chômage 1,1 %
Salaire hebdomadaire moyen 777 $
Source : La Relance à l’université, MELS, 2009.

Raynald St-Hilaire, architecte chez Lemay et associés
Sa première maquette, Raynald St-Hilaire l’a construite à 9 ans, où il a dessiné un pavillon de l’Expo ’67 pour l’école. C’est dire comme l’architecture lui était prédestinée! «Je n’ai jamais voulu faire autre chose, convient-il. À l’Université, j’avais inscrit architecture comme premier, second et troisième choix de programme.»

Ce passionné travaille maintenant depuis 1998 chez Lemay et associés. Il y est directeur de la planification en santé. Il voit à la réalisation et à l’environnement thérapeutique d’hôpitaux, de CHSLD ou de CLSC. Il essaie aussi de dénicher de meilleures pratiques à l’étranger. «Récemment, un hôpital a été construit aux Pays-Bas avec un stationnement d’un côté et des arbres de l’autre. Du côté vert, de 25 à 30 % moins de médicaments étaient administrés. C’est ce genre de projet qui m’inspire,» dit-il.
Travailler dans une grande firme lui permet d’avoir accès à un éventail plus large de projets. «Les plus grands défis reviennent souvent à de grands bureaux,» affirme-t-il. Collaborer avec des gens aux expertises diverses, dont une quinzaine de designers, lui donne en plus l’assurance de trouver réponse à ses questions.
Les architectes ont selon lui une responsabilité sociale. «Nous construisons l’environnement et nous aidons les gens. Notre métier est un mélange de rigueur et de création,» dit-il.
Aux étudiants intéressés par une carrière en architecture, il conseille ceci : promenez-vous en ville et voyez ce qui vous attire. Est-ce que l’espace vous interpelle? Avez-vous de l’intérêt pour ce que vous voyez? Si oui, vous êtes sûrement sur la bonne voie.

Endroits de travail : à son compte, bureaux d’architectes ou d’ingénieurs, gouvernements fédéral et provincial, municipalités
Professions reliées : architecte, technologue en architecture
Salaire hebdomadaire moyen : 704 $
Nombre de personnes diplômés : 197
% en emploi : 34,2 %
% à temps plein : 74,0 %
% lié à la formation : 94,6 %
Source : monemploi.com, 2009.

Michel Paul Alain, architecte à son compte
Depuis six ans, l’architecte Michel Paul Alain est son propre patron. «J’aime la liberté que me procure le fait de travailler seul. J’organise ma vie comme je le souhaite, en choisissant seulement les contrats qui m’allument,» explique-t-il.
Travailler en solo permet à cet architecte aguerri de toucher à toutes les facettes de son métier, comme la rencontre avec les clients, la prise de mesures et la conception de plans. «Mon travail se concentre surtout sur la rénovation de bâtiments existants», précise-t-il.
Ses clients sont principalement des propriétaires résidentiels, qui désirent transformer leur demeure selon leurs goûts. Il œuvre aussi un peu dans le secteur commercial.
Être son propre patron a ses avantages, mais aussi ses inconvénients. Le travail est plus saisonnier, avec une période creuse durant l’hiver. Selon Michel Paul Alain, obtenir des contrats n’est pas non plus une tâche facile au début. «Il faut se faire un nom.»
La passion pour le dessin de Michel Paul Alain ne date pas d’hier. «À 15 ans, je me voyais développer ce talent toute ma vie,» dit-il. Sa profession d’architecte lui permet justement de se perfectionner.

L’architecture est un métier qui change beaucoup, notamment avec les nouvelles technologies et les normes de développement durable. Il faut être prêt à s’adapter. Un sens des responsabilités aiguisé est aussi primordial. «Les normes et les réglementations doivent être connues sur le bout des doigts. C’est la sécurité du bâtiment -et de ses habitants- qui est en jeu,» soutient M. Alain.
À savoir : L’architecture demande une bonne dose de curiosité. Il faut être prêt à renouveler ses connaissances sans cesse.

Nathalie Blanchette, architecte paysagiste
Architecte paysagiste, bachelière de l’école de l’architecture du paysage depuis 1992 et membre de l’Association des architectes paysagistes du Québec, Nathalie Blanchette adore les espaces extérieurs.

Elle a pourtant choisi cette profession un peu par hasard. «Un orienteur m’avait suggéré l’architecture ou l’architecture de paysage. J’ai appliqué dans les deux programmes et j’ai finalement été acceptée dans ce dernier.»
Si le choix était à refaire, elle n’hésiterait toutefois pas une seconde. «Un architecte s’occupe de l’intérieur du bâtiment. Moi, j’aime modeler ce qui l’entoure, explique-t-elle. Ma matière première, ce sont les végétaux».
«Ce que j’aime tout particulièrement, c’est que mon métier en est un de création,» spécifie-t-elle. Celle qui a longtemps eu sa propre entreprise est maintenant à l’emploi d’Innovations paysagées Ladouceur, une entreprise établie à Drummondville depuis trente ans. «Ça fait trois mois que j’y travaille comme directrice de conception,» dit-elle.
Ses principales tâches concernent l’analyse de l’espace disponible et le dessin de l’aménagement extérieur. «Je travaille majoritairement dans le domaine résidentiel, mais il m’arrive à l’occasion d’avoir des clients commerciaux ou même industriels,» détaille Nathalie Blanchette. Elle supervise également une équipe de trois personnes, composée d’un autre architecte paysagiste et de deux techniciennes.
L’architecture de paysage demande un esprit mathématique et d’analyse, en plus d’une certaine aisance pour les relations avec les clients. « Mais c’est un domaine où il est possible de se spécialiser. Une personne plus introvertie pourrait par exemple se concentrer sur les plans, et laisser les interactions à un collègue,» tient toutefois à préciser Nathalie Blanchette.

À savoir : Seule l’Université de Montréal offre le baccalauréat en architecture de paysage. L’architecte paysagiste doit obligatoirement faire partie de l’Association des architectes paysagistes du Québec pour exercer.
Endroits de travail : à son compte, bureaux d’architectes, entrepreneurs paysagistes, municipalités
Salaire hebdomadaire moyen : 638 $
Nombre de personnes diplômés : 25
% en emploi : 70,6 %
% à temps plein : 83,3 %
% lié à la formation : 80,0 %
Source : monemploi.com, 2009.

Martin Cyr, technologue en architecture

L’architecte a esquissé le bâtiment. Le technicien en architecture doit maintenant préciser comment il sera construit. Il analyse les plans, en fait des dessins clairs et précis et y ajoute des directives détaillées. Il estime également les coûts de la main-d’œuvre et des matériaux.

Martin Cyr dirige sa propre entreprise, Architecture Martin Cyr Inc., à Bellefeuille. «Après une première rencontre avec le client, je prends les mesures du bâtiment, puis je m’attelle à la conception des plans préliminaires. Je revois le client pour m’assurer que tout lui convient avant de réaliser les plans finaux,» détaille-t-il.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est tout un changement de carrière pour lui. «J’étais huissier de justice avant de retourner sur les bancs d’école en 2004, pour compléter mon DEC en architecture au cégep Montmorency, explique-t-il. J’aime le côté créatif que m’apporte l’architecture. La polyvalence aussi : parfois devant l’ordinateur, parfois à l’extérieur ou en rencontre avec les clients.»

Le DEC en architecture a aussi un avantage évident sur le cheminement universitaire, selon Martin Cyr : moins d’études à faire! «Il y a aussi de l’emploi. La demande pour des technologues en architecture est forte, principalement pour les municipalités.»

Un technologue à l’emploi d’un bureau d’architectes a la même formation que Martin Cyr, mais pas nécessairement les mêmes tâches au quotidien : «Plus la firme est grosse, plus le travail du technologue risque d’être spécialisé,» illustre-t-il. Mais peu importe l’endroit de travail, les aptitudes requises restent la débrouillardise, le sens des responsabilités et un esprit mathématique.

À savoir : Être membre de l’Ordre des technologues professionnels du Québec n’est pas obligatoire pour les diplômés, mais certains employeurs sont susceptibles de l’exiger.
Professions reliées : dessinateur, dessinateur d’architecture, inspecteur en bâtiments, inspecteur en charpentes d’acier
Salaire hebdomadaire moyen : 602 $
Nombre de personnes diplômés : 285
% en emploi : 50,5 %
% à temps plein : 94,2 %
% lié à la formation : 81,4 %
Source : monemploi.com, 2009.